Texte drolement touchant adressé a la TL1 .
Le Bac est passé.
Mais comme disait le poète :
Un coup de dé jamais n'abolira le hasard
Stéphane Mallarmé
J'étais en train de méditer au message que j'allais vous envoyer ( le vous, ici, désignera la terminale L1) pour vous remercier des trois années passées ensembles, quand surgit mon Krisprolls préféré, déposant une boite ornée d'une rose.
Encore une de leur blague pensais-je ému.
Et moi qui durant trois années avait essayé d'éradiquer toute émotion, ou sensiblerie inutile, de mes propos sur l'Art, je me retrouvais là, surveillant le bac, la larme à l'½il, devant tant de générosité !
Car je reviens maintenant à mon propos auquel je méditais depuis plusieurs jours ;
Il est dans une carrière de prof des moments de bonheur, de grandes joies.
Je pensais avoir eu mon lot de gratitude il y a deux ans, avec une classe "exceptionnelle", ma carrière pouvait s'achever, j'étais content et fier, j'avais eu LA classe, celle qui vous permet de dormir tranquille et de partir serein le sentiment du devoir accompli.
Et puis ... et puis ... il y eu vous, vous les secondes, vous les premières que notre expérience Niçoise souda définitivement, vous que nos pérégrinations Vénitiennes confortèrent dans leur enthousiasme.
Vous qui m'avez apporté tant de joies (esthétiques) et de bonheur (picturaux) durant ces trois années, malgré mes coups de gueule, votre nonchalance, ou votre inattention, qui ne faisait que réveiller en moi de vieux souvenirs : n'étais-je pas un peu comme cela il y a bientôt trente ans, quand j'étais moi même lycéen en option Arts Plastiques ?
Vous étiez quelque part un miroir, un double, un autre moi même.
Une cure de jouvence, mais aussi une sacrée claque, car les générations évoluent, les enjeux changent, mais ce que j'ai fais c'est parceque je voulais que vous fassiez ce que je n'ai pas fait - entrer aux Beaux-Arts, partir à l'étranger, devenir un intellectuel ( de gauche ) , que sais-je encore... ( quand même pas infirmier...)
J'ai essayé durant ces trois années, de vous faire passer mon amour de l'Art, d'½uvres ou d'artistes qui ont compté (et comptent encore) dans ma formation, qui m'accompagnent à chaque instant, de ces ½uvres dont on n'arrive pas à se détacher, on ne sait trop pourquoi parfois, de celles qui nous font, nous forment et nous déforment.
Comme je vous ai "déformés" durant trois ans, espérant vous former autrement.
Car je suis prétentieux.
Il n'y a que moi qui prépare bien les élèves.
Mais je crois que cette fois j'y suis parvenu,
Pas au bac, non, non ; les résultats seront, mais ils ne seront pas ceux que je pouvais souhaiter, l'oral est un challenge délicat.
Non, je suis parvenu à vous mettre en face de vous même, et vous m'y avez grandement aidé, et je vous en remercie.
Grâce à vous je ne regarderais plus tous les matins du monde de la même manière mon placard à chaussures...
Grâce à vous (dans l'ordre alphabétique) :
je ne regarderais plus Marilyn de la même façon
je ne regarderais plus Raysse de la même façon
je ne regarderais plus mes jouets d'enfants de la même façon
je ne regarderais plus une cabine téléphonique de la même façon
je ne regarderais plus les passants de Venise de la même façon
je ne regarderais plus la corrida de la même façon
je ne regarderais plus l'eczema de la même façon
je ne regarderais plus les poupées de la même façon
je ne regarderais plus le sieste de la même façon
je ne regarderais plus les Krisprolls de la même façon
je ne regarderais plus les tatoos de la même façon
je ne regarderais plus Les fous du volant de la même façon
je ne regarderais plus les colifichets de la même façon
je ne regarderais plus Yves le Magnifique de la même façon
je ne regarderais plus le flacon de Coco de la même façon
je ne regarderais plus les serial-killers de la même façon
je ne regarderais plus les Sumo de la même façon
je ne regarderais plus les vieillards de la même façon
je ne regarderais plus les ossements de la même façon
je ne regarderais plus les pieds de la même façon
je ne regarderais plus les sportifs de la même façon
je ne regarderais plus Lisbonne de la même façon
je ne regarderais plus de la même façon, tout simplement.
Encore merci à toutes et tous
pour trois année de bonheur.
Je peux partir le c½ur léger, et la tête lourde de souvenirs et de visions.
Merci de faire passer le message à ceux et celles dont je n'ai pas le mail
Et n'oubliez pas de donner de vos nouvelles ...
Bien à vous
Noël Jean-Marc
votre ex-professeur